Au delà de la Rive

Au delà de la Rive

Henri Maillot

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HENRI MAILLOT

Vie et Mort d'Henri Maillot l'Algérien

 

El Wattan du 18/06/2007

 

Lettre de l'aspirant Henri Maillot transmise à la presse parisienne à l'époque

Un document ronéotypé portant en signature le nom de l'aspirant Henri Maillot est parvenu hier aux rédactions des journaux parisiens. Ce document déclare notamment :



 

« L'écrivain français Jules Roy, colonel d'aviation, écrivait, il y a quelques mois : ''Si j'étais musulman, je serais du côté des fellagas.'' Je ne suis pas musulman, mais je suis Algérien d'origine européenne. Je considère l'Algérie comme ma patrie. Je considère que je dois avoir à son égard les mêmes devoirs que tous ses fils. Au moment où le peuple algérien s'est levé pour libérer son sol national du joug colonialiste, ma place est aux côtés de ceux qui ont engagé le combat libérateur. La presse colonialiste crie à la trahison, alors qu'elle publie et fait siens les appels séparatistes de Boyer-Bance. Elle criait aussi à la trahison lorsque sous Vichy, les officiers français passaient à la résistance, tandis qu'elle servait Hitler et le fascisme. En vérité les traîtres à la France ce sont ceux qui, pour servir leurs intérêts égoïstes, dénaturent aux yeux des algériens le vrai visage de la France et de son peuple aux traditions généreuses, révolutionnaires et anticolonialistes. De plus, tous les hommes de progrès de France et du monde reconnaissent la légitimité et la justesse de nos revendications nationales. Le peuple algérien longtemps bafoué, humilié a pris résolument sa place dans le grand mouvement historique de libération des peuples coloniaux qui embrase l'Afrique et l'Asie. Sa victoire est certaine. Et il ne s'agit pas comme voudraient le faire croire les gros possédants de ce pays, d'un combat racial mais d'une lutte d'opprimés sans distinction d'origine contre leurs oppresseurs et leurs valets, sans distinction de race. Il ne s'agit pas d'un mouvement dirigé contre la France et les Français ni contre les travailleurs d'origine européenne ou israélite. Ceux-ci ont leur place dans ce pays. Nous ne les confondons pas avec les oppresseurs de notre peuple. En accomplissant mon geste, en livrant aux combattants algériens des armes dont ils ont besoin pour le combat libérateur, des armes qui serviront exclusivement contre les forces militaires et policières et les collaborateurs. J'ai conscience d'avoir servi les intérêts de mon pays et de mon peuple, y compris ceux des travailleurs européens momentanément trompés. »

 

 

 

Journée du Chahid / Hommage posthume à Henri Maillot


Ici, repose Henri Maillot, mort au champ d'honneur, le 5 juin 1956, pour l'Algérie indépendante et fraternelle.»

Telle est l'inscription significative portée sur la pierre tombale du martyr algérien Henri Maillot s'étant battu pour une noble et juste cause : la libération de son pays, l'Algérie. A l'occasion de la journée nationale du chahid (martyr), un hommage appuyé a été rendu à Henri Maillot, hier, au cimetière chrétien d'El Madania, à Alger.

 

 

Sa sépulture a été fleurie de gerbes et de bouquets de fleurs, et une minute de silence y a été observée à sa mémoire par ses amis, ses pairs, des anciens du Parti communiste algérien (PCA), anciens moudjahidine ou encore des anonymes. Lors du recueillement sur la tombe d'Henri Maillot, l'on pouvait voir sa sœur Yvette Maillot, Louisa Ighil Ahriz, Zoulikha Benzine, Georges Acompora, Maurice Pagliato, Roger Perles, Sid Ahmed Ghozali, l'ancien chef de gouvernement, les yeux embués de larmes, ou encore Hadi Khdiri, ancien ministre de l'Intérieur, des riverains et des anonymes, tous venus révérer sa mémoire. Dans son allocution posthume, son ami, l'ancien condamné à mort Georges Acompora saluera, non sans émotion, la grandeur d'Henri Maillot : «Sa participation à la Révolution algérienne a été héroïque. Il a hérité son engagement et sa richesse idéologique de son père, dirigeant syndicaliste. Henry a été un patriote algérien...» Maurice Pagliato, un ami, dira à son propos : «Henri était communiste, et c'était un Algérien. Il a travaillé pour son pays et il est mort pour son pays...» Louisa Ighil Ahriz, grande militante de la cause algérienne, soulignera cet hommage : «C'est un grand jour que de nous réunir pour rendre hommage à Henri Maillot, qui a été un grand patriote, ainsi qu'aux Algériens qui ont été guillotinés presqu'à la même période...» Henri Maillot est né le 21 janvier 1928 à Alger. Sa famille s'installera, en 1933, au quartier Clos-Salembier (El Madania). Dans sa prime enfance, il se fera remarquer pour sa fibre patriotique et humaniste. Il exercera la fonction de comptable à Alger Républicain. Mais il tutoiera l'histoire, une certaine journée du 4 avril 1956. Alors aspirant de l'armée française, Henri Maillot, désertera le 504e bataillon de la garnison de Miliana à bord d'un camion GMC avec tout un arsenal : 74 revolvers, 10 pistolets automatiques, 121 pistolets mitrailleurs et 63 fusils de chasse. Il rejoindra les moudjahidine au maquis d'Orléansville (Chlef) et de l'Ouarsenis. Le 18 avril 1956, Henri Maillot adressera des lettres ronéotypées à des militaires du 504e bataillon de transport, à des policiers, à la presse et à certains civils dans lesquelles il faisait savoir les motivations de sa décision : celle de répondre à l'appel de la patrie. Le 22 mai 1956, le tribunal permanent des forces armées françaises le condamne à mort par contumace. Le mardi 5 juin 1956, Henri Maillot tombe au champ d'honneur au douar Beni Bouaâlouan près de La Martine (Orléansville) aux côtés d'autres martyrs. Maurice Laban, un ancien de la brigade internationale (ayant combattu en Espagne), Zalmat, Guerrab, Saâdoun, Bouaâlem, un syndicaliste des dockers d'Oran... Tel a été le destin héroïque de Si Abdelkader, le combattant et martyr Henri Maillot. La place du cimetière d'El Madania sera prochainement baptisée Henri Maillot et un film lui, sera consacré par Merzak Chertouk.

Par K. Smaïl

http://www.elwatan.com/journal/html/2004/02/19/sup_html.htm (rubrique "actualité")

 

 

Posté le 08.06.2008 par abdoumenfloyd


Des centaines de personnes se sont recueillies jeudi à Alger sur la tombe d'Henri Maillot pour commémorer le 52ème anniversaire de la mort, au maquis, du militant de la cause nationale. Henri Maillot a été tué le 5 juin 1956 dans une embuscade tendue par les supplétifs (harkis) de l'armée française, menés par le Bachagha Boualem, dans la région d'El Karimia (Chlef). A bord d'un camion chargé d'armes et de munitions, l'aspirant Maillot avait déserté, quelques mois plus tôt, l'armée française pour rejoindre les rangs de l'ALN (Armée de libération nationale) dans la wilaya IV. Comme chaque année, depuis le transfert en 1963 des ses cendres au cimetière chrétien de Diar es-Saâda, près de son quartier natal (Clos Salembier-El Madania), d'anciens maquisards, d'anciens condamnés à mort de citoyens et habitants du quartier, se sont rassemblées autour de Mme Yvette Maillot, sa sœur , pour rendre hommage à "l'enfant du Clos (Salembier)", mort les armes à la main pour que vive l'Algérie indépendante. Parmi les présents, Mustapha Saâdoune, ex-officier de l'ALN et dernier rescapé en vie du groupe Maillot, accroché en 1956 dans le maquis de la wilaya IV. Le vieux militant a tenu, à cette occasion, à associer au souvenir de Maillot celui de ses compagnons d'armes tombés avec lui au champ d'honneur, Zernat, Moussaoui, Hanoune, mais aussi Maurice Laban : "Nous nous devons honorer tous nos chouhada sans distinction", a-t-il dit, ajoutant qu'"il est honteux de faire de ces noms (les Algériens d'origine européenne ayant adhéré à la cause de l'indépendance) un tabou après la conquête de la souveraineté nationale". Pour sa part, le commandant Hassani de la wilaya IV historique a rappelé à l'assistance que "Mostefa Ben Boulaïd avait pour ami et adjoint le même Maurice Laban", avant de s'indigner des "tentatives d'occultation" de leurs sacrifices. Un habitant du quartier a préféré lire à l'assistance la lettre d'Henri Maillot adressée à la presse coloniale qu'il l'avait qualifié d'"aspirant félon" après sa désertion de l'armée française: "Je suis Algérien et comme tous les enfants de ce pays, j'ai répondu à l'appel de la mère patrie", avait-il répliqué, ajoutant : "J'ai conscience en donnant des armes à mes compatriotes que j'agis dans l'intérêt de mon peuple et de mon pays". "Par cette lettre qui a valeur de "testament", Henri Maillot a rejeté dans un même élan l'ordre colonial, tout en clamant son algérianité", a commenté un des voisins proches des Maillot pour qui "le sacrifice suprême d'Henri se passe de toute polémique".
 
 
Journal du 06 Avril 1956
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
REVUE DE PRESSE  EL WATTAN 18 JUIN 2007
Henri Maillot et Maurice Laban, héros « oubliés »

Tombés au champ d'honneur, il y a 51 ans, le 5 juin 1956

Henri Maillot et Maurice Laban, héros « oubliés »

Le devoir de mémoire nous impose de connaître notre histoire pour mieux comprendre le présent et appréhender l'avenir. Il revêt aussi une importance particulière pour l'écriture de l'histoire de la guerre de Libération nationale.



Celle-ci demeure d'une actualité brûlante. Elle procède, malheureusement, des luttes politico-idéologiques actuelles dont elle reste un enjeu important. Pour ce faire, nous devons ressusciter certains héros « oubliés », et, parmi eux, l'aspirant Henri Maillot et Maurice Laban, authentiques patriotes algériens, morts les armes à la main un certain 5 juin 1956. Comme Yveton, son voisin et ami d'enfance, héros guillotiné le 11 février 1957, Maillot avait choisi la cause de l'indépendance de l'Algérie par conviction idéologique, considérant la guerre de libération comme « une lutte d'opprimés sans distinction d'origine contre leurs oppresseurs et leurs valets sans distinction de race » tel qu'il l'a écrit lui-même aux rédactions parisiennes juste après sa désertion. Ayant assisté à la répression qui s'est abattue sur les musulmans lors des événements du 20 août 1955 dans le Nord constantinois, il en est sorti profondément marqué. Il a, dès lors, pris résolument la décision de se joindre au combat libérateur. Après avoir été rappelé sous les drapeaux pendant 3 mois, il demanda à être réengagé, dans le but de mettre à exécution son projet de désertion avec un stock d'armes. Affecté au 57e bataillon de tirailleurs de Miliana où il a le grade d'aspirant, Maillot convoite l'occasion de détourner des armes pour les acheminer aux maquis de la résistance algérienne afin, précise-t-il, d'« aider mon pays et mon peuple », (lire la lettre). L'opportunité se présente le 4 avril 1956 : l'officier Maillot déserta avec un camion d'armes qu'il remet aux moudjahidine. Pas moins de 132 mitraillettes, 140 revolvers, 57 fusils et un lot de grenades viennent enrichir le potentiel militaire de la résistance. Henri Maillot, devenu « l'officier félon » pour la presse coloniale, est condamné à mort le 22 mai par le tribunal militaire d'Alger, qui décide de mettre aussi le maison familiale de Clos-Salembier sous séquestre, et ce, afin de faire rembourser les armes sur la part d'héritage revenant à Henri. Activement recherché, il échappe aux paras jusqu'au mardi 5 juin 1956, quand son commando de 8 hommes fut surpris au djebel Deragua, à El Karimia (Lamartine), par les miliciens du bachagha Boualem et les soldats français. Henri y laissera sa vie, ainsi que quatre autres compagnons d'armes : l'enseignant de Biskra, Maurice Laban, Belkacem Hamoun qui n'avait pas 20 ans, Djillali Moussaoui et Abdelkader Zalmaï. Trois combattants ont échappé au traquenard : Hamid Guerab, Mohamed Boualem et Mustapha Saâdoun. Mustapha Saâdoun est le dernier survivant de cette aventure inoubliable. Il a 89 ans. Retiré à Cherchell, il vit désormais avec ses plantes et ses souvenirs. Force est de constater que cinquante et un ans après sa mort, Henri Maillot reste inconnu de la grande majorité de la génération postindépendance, qui, plus est, par les jeunes d'El Madania, quartier où vit toujours sa famille. Et pour cause, aucune rue, ni école, ni institution publique ne porte son nom jusqu'à l'heure actuelle. La désertion de cet officier avec un camion rempli d'armes vers le maquis a été d'une grande portée psychologique et a marqué de façon éclatante la participation d'Algériens d'origine européenne au combat pour la libération de la patrie commune. Un combat qui n'avait aucun caractère de race, ni de religion, mais un combat libérateur et national. Quant au second, Maurice Laban, né à Biskra de parents instituteurs, il était lui et sa sœur les seuls Européens dans toute l'école où enseignaient leurs parents. C'est tout naturellement qu'il a appris à parler l'arabe comme une langue maternelle. Plus tard, il parlera le chaoui couramment après avoir enseigné dans une école indigène où les élèves ne parlaient que cette langue. Dans les années 1930, il prit part à la guerre civile d'Espagne aux côtés des républicains, il fut blessé deux fois sur le front. La deuxième blessure était tellement grave qu'il a failli être achevé par les brancardiers qui ne croyaient pas en sa survie. C'est finalement Georges Raffini, son camarades de lycée à Constantine, qui le sauvera in extremis sur le champ de bataille. Il était tellement imprégné de la mentalité de la population de Biskra qu'il envoya une lettre à ses parents leur demandant de sacrifier un mouton sur le tombeau de Sidi Messaoud (le saint patron de la localité) et de l'offrir accompagné de couscous aux pauvres de la région. Et ce, en guise de reconnaissance envers Dieu pour l'avoir sauvé d'une mort certaine. De retour d'Espagne, il rentrera à Biskra où il participera, aux côtés des musulmans opprimés, à tous les combats contre les formes d'injustice auxquelles ils étaient soumis par le système colonialiste et leur valet, le bachagha Bengana. En 1941, il fut arrêté et incarcéré à Serkadji, puis condamné à mort avec son épouse Odette et son camarade Georges Raffini. L'acte d'accusation portait sur la publication et la diffusion d'un journal clandestin s'opposant au régime fasciste de Pétain. Au déclenchement de la révolution, le chahid Mostefa Benboulaïd fait appel à lui pour devenir son adjoint. Vu son tempérament de bagarreur, Maurice était ravi à l'idée de s'engager, enfin, dans la lutte armée contre le colonialisme. Etant un militant discipliné du parti, il demanda l'accord de sa hiérarchie. Celle-ci refusa et lui demana de tempérer ses ardeurs jusqu'à nouvel ordre. C'est, finalement, à El Karimia (Lamartine), dans l'Ouarsenis, qu'il devra rejoindre Henri Maillot qui venait de déserter. Cette rencontre fut possible grâce à Myriam Bey, militante du parti et enseignante à Oued Fodda. La méconnaissance de cette région leur fut fatale, à lui et à ses compagnons.

L'auteur est Ingénieur, cadre supérieur



Par Merzak Chertouk


 
 
LES HEROS NE DOIVENT PAS MOURIR  (Extrait)
 

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a inauguré cet été une stèle à la mémoire des Français qui ont combattu aux côtés des Algériens lors de la guerre de libération. Un geste politique et symbolique fort, passé inaperçu. Alors que le 1er novembre marque en Algérie l'anniversaire du déclenchement de la révolution armée, un ancien appelé revient sur la réhabilitation de ces héros oubliés.

02/11/02 : Ils s'appelaient Maurice, Raymonde, Henri ou Lucette. Français d'Algérie, ils ont combattu auprès des Algériens lors de la guerre de libération. Pourtant, peu d'entre eux sont sortis de l'anonymat. En juillet dernier, le président Abdelaziz Bouteflika a inauguré une stèle, située à Alger entre la place des Martyrs et l'entrée de la commune de Bab el Oued, réhabilitant ses " porteurs de valises " oubliés. Un hommage porté à ces hommes et femmes " épris de paix et de liberté, qui ont témoigné avec sacrifice et courage, pour la dignité du peuple français et l'honneur de la France, durant la guerre de libération nationale et qui ont soutenu sans relâche et dans la fidélité à leurs principes, le combat du peuple algérien pour son émancipation ". Alors que l'Algérie commémore le 48ème anniversaire du déclenchement de la révolution armée (le 1er novembre 1954), René Fagnoni, secrétaire-général du Comité de groupe Socpresse-Le Figaro et ancien appelé, revient sur la symbolique de cette stèle qu'il a appelée de ses voeux.

Afrik : Vous avez milité pour que cette stèle existe pourquoi ?
René Fagnoni : Cette stèle réhabilite la mémoire de ces oubliés de l'Histoire, véritables héros et acteurs primordiaux de la Révolution algérienne. Elle leur rend justice et fait écho à la plaque dévoilée par Bertrand Delanoë en octobre 2001 à Paris, sur le pont Saint-Michel, rendant hommage aux manifestants algériens morts le 17 octobre 1961. L'Algérie se devait de rendre hommage aux Justes français qui se sont battus aux côtés des Algériens. Ils n'étaient pas nombreux mais ont fait preuve d'un immense courage. Pour moi, ils représentent l'honneur de la France. Ils ont permis que dans cette guerre abominable l'éclat de la France en tant que terre des libertés, mère des Révolutions et des valeurs du siècle des Lumières ne soit pas totalement terni. Et ils sont des exemples pour notre époque qui manque cruellement de héros.

Afrik : L'inauguration a été très discrète...
René Fagnoni : C'est en effet un geste politique important qui est complètement passé inaperçu. Mais c'est déjà un pas. Les gouvernements français successifs n'ont jamais accepté le caractère héroïque de la démarche de ces Français et les Algériens ont mis très longtemps à le reconnaître. A tel point que le corps de Maurice Laban n'a été rapatrié ni par la France ni par l'Algérie. Cette dernière a donné la priorité à ses propres martyrs, malheureusement très nombreux. 1,5 millions d'Algériens sont morts à l'époque, sur une population de 9 millions de personnes.

Afrik : A quels personnages fait référence cette stèle ?
René Fagnoni : A tous les Français anonymes engagés aux côtés des Algériens. Et en particulier à Maurice Laban, à qui l'historien Jean-Luc Einaudi a consacré un ouvrage *. Natif de Biskra, où ses parents étaient instituteurs, il s'engage d'abord dans les Brigades internationales durant la Guerre d'Espagne. Il en revient avec de graves blessures. Membre du Parti communiste algérien (PCA), il rejoint le maquis aux côtés du FLN et sera tué le 5 juin 1956, en même temps que l'aspirant Maillot. Il a alors 42 ans. Quant à Henri Maillot, militant du PCA de 24 ans, aspirant rappelé dans l'armée française, il déserte en avril 1956 avec un stock d'armes. Il est pris vivant par les militaires et alors qu'on veut lui faire crier " Vive la France ", il s'exclame " Vive l'Algérie indépendante ! " avant de tomber sous une rafale. Il faut citer aussi l'infirmière Raymonde Peschard, arrêtée, torturée, violée et massacrée en août 1959, à 25 ans.

Afrik : Mais l'Algérie a déjà donné des noms de Français ayant combattu aux côtés des Algériens à des rues ou des bâtiments...
René Fagnoni : Si vous parlez de l'Hôpital Maillot, il n'a rien à voir avec l'aspirant en question. L'établissement portait ce nom bien avant qu'Henri Maillot ne déserte. En revanche, une rue Maurice-Laban a été inaugurée à Biskra l'année dernière. Mais dans la région de Batna, où est tombée Raymonde Peschard, qui se souvient d'elle ? A l'inverse, on commémore chaque année la mort de Massika Ziza, infirmière du même âge que Raymonde, tuée par un éclat d'obus lors d'un bombardement en petite Kabylie. Plusieurs bâtiments publics portent même son nom.

Afrik : Quelle a été votre expérience de l'Algérie pendant la guerre ?
René Fagnoni : Jeune appelé, j'ai été envoyé, pour briser mes velléités anti-colonialistes, en Algérie de mars 1957 à mai 1959. J'ai été incorporé dès le premier jour dans le 7ème régiment de tirailleurs algériens, stationné dans les Aurès et composé à 80% de musulmans. C'est dans cette région, près de Batna, que j'ai appris à aimer l'Algérie et ses habitants avec lesquels j'ai noué des liens très forts. J'ai vu ce qui se passait sur le terrain mais par bonheur, je n'ai jamais eu à participer à un engagement avec les combattants algériens. C'est pourquoi aujourd'hui, j'ai autant de respect pour ces jeunes hommes et femmes français qui ont eu le courage de mettre en action cette phrase de Jean-Jacques Rousseau : " Quand l'Etat perd la raison, l'insurrection est le plus sacré des devoirs ".

* Un Algérien, Maurice Laban de Jean-Luc Einaudi (Cherche midi éditeur, Paris, 1999).

Olivia Marsaud
© Afrik.com

 

 

 

 

 


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13/10/2008
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