Au delà de la Rive

Au delà de la Rive

REGGANE "La Bombe Atomique"

REGGANE  - La bombe Atomique

 

LA PRESSE ET LES EXPLOSIONS ATOMIQUES

EN ALGERIE

 

Le Journal Libérte du 24 Février 2010

 

Après la colère, les larmes et les témoignages poignants de survivants aussi bien français qu'algériens, le colloque international sur les explosions nucléaires, organisé par le ministère des Moudjahidine, s'est terminé sur une note d'espoir.

Celle de croire que la loi Morin du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et l'indemnisation des victimes de ces expériences ouvre la voie à des négociations bilatérales pour que la France reconnaisse sa responsabilité morale et juridique dans cette guerre en différé qui cause encore des décès et des handicaps.

Car avant que la France promulgue cette loi, elle a d'abord, et pendant longtemps, nié l'existence même de ces explosions nucléaires, avant de les qualifier d'expériences "propres" et sans incidences sur les populations et l'environnement.

Selon le juriste Azzedine Zalani, la loi sur l'indemnisation des victimes des expériences atomiques ne clôt pas le contentieux, car elle est de portée limitée "au regard de son champ d'application et ne répond aucunement aux revendications algériennes quant aux droits des populations sahariennes".

Les poursuites que pourraient engager les victimes ou les associations, les représentants, sont aléatoires, compte tenu de la question de la détermination du lien de causalité entre ces expériences et les dommages subis.

M. Zalani pense que cette loi est un début de reconnaissance pour une certaine catégorie de personnes "préalablement répertoriée et administrativement enregistrée auprès du ministère de la Défense français" et donc elle exclut les populations nomades et les personnes qui ne peuvent pas prouver leur séjour dans les centres dénommés "Centres d'expérimentation saharien ou des oasis" ou dans les zones périphériques à ces centres, que le décret d'application de cette loi fixe entre 100 et 350 km de ces lieux.

À ces obstacles s'ajoute la disposition qui conditionne le droit à l'indemnisation à des dates butoir.

"Tout se passe comme si les émanations radioactives pouvaient s'arrêter subitement le 31 décembre 1967 à minuit tapant et ne pouvaient atteindre les même personnes ayant résidé ou séjourné dans son rayon d'action au lendemain de cette date", explique le juriste.

Il ajoute que c'est une loi "intra-muros" qui comporte de nombreux vides juridiques donnant la possibilité au pays de négocier une convention franco-algérienne pour la prise en charge des victimes et la réhabilitation de l'environnement, après une évaluation précise des dommages ou le choix de porter l'affaire devant les instances internationales pour un arbitrage.

"Il est temps pour l'Algérie d'utiliser ses armes juridiques.

Le moment est venu pour le pays de réagir", dit-il. Les recommandations de l'atelier "aspects juridiques" du colloque vont dans ce sens.

En l'occurrence, obtenir la reconnaissance de la France des dégâts occasionnés par ses explosions nucléaires, le dédommagement des victimes, la réhabilitation des sites touchés et la création d'une structure de prise en charge de cancer et autres maladies causées par les radiations.

L'atelier "environnement" revient sur l'urgence d'ouvrir les archives, d'obtenir de la France l'aveu d'être un "pays pollueur" et de renforcer la sécurité autour des lieux des expériences nucléaires, notamment en les clôturant.

Pour ce qui est des conséquences sanitaires des essais nucléaires français en Algérie, le groupe chargé de les étudier les qualifie de "crime contre l'homme et l'environnement" et conseille la prise de mesures prioritaires.

Comme la mise en place d'un registre du cancer dans la wilaya d'Adrar et de Tamanrasset, avec recueil des cas traités dans les villes du nord du pays, la détermination de la situation radiologique des zones contaminées et la dotation de ces régions sahariennes d'un centre de recherche et de prise en charge de toutes les affections radio-induites que ce soit sur l'homme ou l'environnement. La rencontre s'est terminée sur des témoignages de
M. Michel Dessoubrais

et de
M. William Kob, jeunes appelés à l'époque et survivants respectivement de l'explosion de la bombe de Beryl en 1962 et celle de Reggane "Gerboise verte". Les deux ont certifié qu'il n'avait aucune information sur ce qui devait se passer et confirmé la présence de nomades dans la région des explosions nucléaires.

 

Loi sur l'indemnisation des victimes des expériences nucléaires dans le Sahara algérien

Pour l'Algérie, "le contentieux n'est pas clos"

 

 

50 ANS APRES

le 13 Février 2010

Extrait Article du Journal El-Wattan

Les damnés de Reggane racontent : 50 ans sur cette terre maudite

 

Le 13 février 1960, la France commençait, dans le Sahara algérien, une série d'essais atomiques qui allaient lui donner son statut de puissance nucléaire. Cinquante ans après, d'Alger à Taourirt via Reggane et les villages ensablés de la RN6, nous avons pris la route de la mort. Où la population et l'environnement portent à jamais les séquelles d'un crime resté longtemps enfoui dans les bunkers du secret d'Etat. Le vieil homme au chèche beige sourit. Les rides, aux coins de ses yeux, s'animent. Rien ne sert plus de pleurer. Ils sont tous partis. Des quinze ouvriers de son équipe, Mohamed Belhacen est aujourd'hui le seul survivant. Son bébé de 6 mois et son premier garçon de 4 ans sont tombés malades quelques mois après l'explosion. Dans sa voix, il y a de la fatalité. « On a pensé à une maladie de Dieu. Ou à la bombe. » Et puis, eux aussi sont morts. D'ailleurs, à Taourirt, reste-t-il encore quelqu'un ou quelque chose en vie ? Rien ne bouge dans ce hameau fantôme attaqué sans répit par le sable, où portes et fenêtres restent closes. A 35 km au bout de cette route de la mort se trouve le point Zéro. Là où le 13 février 1960, la France fit exploser une bombe atomique de 70 kilotonnes.

 

Quatre fois Hiroshima. L'opération Gerboise Bleue marquait le début d'un long cauchemar pour plus de 40 000 personnes* � population du Touat hors Touareg � qui furent exposées aux radiations des essais nucléaires entre 1960 et 1966. Dans son bureau à Adrar, Kaloum Mekki, notable de la ville et sociologue de formation, croule sous les dossiers. Il cherche à lever une des nombreuses zones d'ombre de cette affaire. Profitant de son aura, il lança, il y a quelques années, un appel dans les médias pour recenser tous les Algériens mobilisés pour travailler sur le site. A en juger par le nombre de photocopies de pièces d'identité empilées sur son bureau, ils ont été des centaines à venir frapper à sa porte. « Il y avait quelque 10 000 travailleurs sur le site, dont 6500 Français et 3500 Algériens. Pour la wilaya d'Adrar, j'en ai recensé 600 dont la majorité avait entre 19 et 26 ans. Les Français avaient lancé une opération de recensement. Quand les hommes se présentaient avec leur carte, ils les enrôlaient de force, raconte-t-il en levant un doigt accusateur vers le ciel. Avec la complicité des caïds, qui exécutaient les ordres de l'administration avec plus ou moins de zèle. »

Bahou. Village ensablé avant Reggane, sur la RN6 qui s'enfonce vers Bordj Badji Mokhtar. Sid Ammar El Hammel, président de l'Association du 13 février 1960, travaille à l'école du village et passe beaucoup de temps à recueillir les témoignages des derniers survivants. En 1960, il n'était pas né. Mais il sait que les essais ont bouleversé sa vie, celle de son père, Ahmed Lamine, qui travaillait comme man�uvre sur le site. En 1960, pour les populations laborieuses du Bas-Touat ou des Oasis, comme les avaient appelés les Français, les préparatifs des militaires n'avaient rien de suspect. Jusqu'à ce que des consignes bizarres leur fassent pressentir le pire. « Avant l'explosion, les Français nous ont demandé de sortir des maisons, se souvient Mohamed Belhacen. Ils avaient peur qu'elles s'effondrent. Et puis, on nous a dit de nous mettre à plat ventre par terre, le bras devant les yeux. Il y a d'abord eu une lumière, comme un soleil. Puis un quart d'heure après, un bruit assourdissant et, enfin, l'onde qui s'est propagée dans le sol, pareille à celle d'un tremblement de terre qui vous emporte dans les profondeurs� »

Avec ses doigts, le vieil homme dessine ses souvenirs dans le sable. Et d'un coup, lève les yeux vers le ciel. « On a vu de la fumée noire, jaune, marron qui montait très haut. On ne comprenait pas, mais on savait que c'était un jour noir. Des hommes ont pleuré. » Sid Ammar a recoupé tous les récits et confirme : « Ils ne savaient pas ce qui se tramait. Aujourd'hui encore, mon père ne comprend pas tout le danger. Il sait qu'avec l'Association, je me rends souvent au point Zéro, mais il ne me dit rien ! » Après l'explosion, invisibles, les radiations ont semé la mort. « Les femmes perdaient leurs bébés. Les chèvres et les dromadaires tombaient malades puis mouraient. On n'avait même plus de moustiques », poursuit Mohamed. Le temps où les habitants du Touat troquaient leurs tomates contre du bétail avec les Maliens est terminé. Leur regard est désormais tourné vers le nord, d'où arrivent les camions pleins des fruits et légumes qui poussaient autrefois dans les oasis. « Nos tomates restent petites, leurs feuilles deviennent blanches. A l'intérieur des petits pois, on trouve une sorte de plâtre blanc et des vers. Quant aux palmiers, ils ne donnent plus de dattes. »

Pour les fellahs, qui ne souffrent pas du manque d'eau et sont aidés par les fonds de l'Etat pour revaloriser leurs terres, le lien entre les essais, l'anémie des cultures et les maladies des troupeaux ne fait pas de doute. Kaloum Mekki, à Adrar, se souvient « avoir lancé un cri d'alarme » en 1986, à l'occasion d'un colloque sur les perspectives de l'agriculture saharienne. « J'avais relevé que les symptômes de dégradation des écosystèmes de la région et leurs répercussions sur l'agriculture traditionnelle étaient les conséquences des irradiations. J'avais parlé de "bayoud nucléaire" ! » Mais aucune étude ne leur donne raison. Tout comme aucune enquête épidémiologique ne permet d'établir une corrélation directe entre les radiations, les cancers et les malformations. Sidi Mokhtar, 4 ans, est un des fils de Sid Ammar.

Un petit bonhomme aux cheveux bouclés. Il ne court pas aussi vite que ses copains car un de ses pieds est malformé. Abdallah, un autre de ses fils, 8 ans, n'a pas toutes ses facultés mentales. Bien sûr, Sid Ammar sait qu'il ne doit pas accuser la bombe. Dans cette région du Sahara, les médecins ne se bousculent pas. Et à Adrar, le chef-lieu de la wilaya, à 155 km, il n'y a même pas d'hôpital. Juste un ensemble de blocs réunis sous le nom d'« établissement public hospitalier ». Abderrezak Mentouri y travaille depuis un an et demi. Il ouvre la porte de son logement de fonction, en face de la morgue. Débordé, les yeux cernés, les traits marqués, il confie sur un ton excédé : « Je n'ai pas de moyens, pas de quoi faire des radiothérapies, les médicaments coûtent trop cher, alors je fais du palliatif. Si j'arrive à leur ajouter trois à six mois de vie, je suis content. »

Avant lui, il n'y a jamais eu d'oncologue dans la région. Aujourd'hui, tous les malades affluent vers son service. « J'avais complètement sous-estimé leur nombre ! Sur 70 cancers, je dois en avoir 30 du sein ! Et aussi des leucémies, des cancers du poumon� bref, tous les cancers radio-induits, que l'on connaît depuis Nagasaki et Tchernobyl. Normalement, on devrait avoir un registre des cancers. Mais ici, il n'existe pas ! Alors au moment du diagnostic, je relève le lieu de naissance, l'adresse, l'âge� Autant d'éléments qui serviront à établir une corrélation entre les radiations et les cancers. »

A Reggane, Abdellahi M'barek, le président de l'APC, paraphe les documents posés sur son bureau en expliquant : « Nous avons absolument besoin d'études. On n'est sûrs de rien, par rapport à la terre, l'eau, la santé. En tant qu'élu, j'ai besoin de ces données pour savoir ce qui est enterré. Beaucoup de choses sont dites mais j'ai des doutes, je sens toujours qu'il y a 'quelque chose' là-bas. » A la bombe, Nourredine Belmouhoub, 62 ans, y pense tous les jours. Toutes les minutes presque, à chaque fois que ses boutons le démangent. Des boutons rouges qui se déplacent sur le cuir chevelu, dans sa barbe rousse blanche et noire, sur ses jambes, entre ses orteils... Abdelkader, 52 ans, a les mêmes, localisés sur les omoplates, la poitrine.

Les deux hommes ont passé plusieurs mois dans le « triangle de la mort » : In M'guel, Reggane, Oued Namous. Trois casernes françaises incluses dans le périmètre irradié, que les Algériens ont récupérées et transformé en camps d'internement. Entre 1992 et 1995, ils seraient entre 18 000, selon la Commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l'homme, et 24 000, selon le Comité de défense des internés, à y avoir été déportés sur soupçon d'appartenance à l'ex-FIS (Front islamique du salut). Les deux ex-détenus ont aussi perdu l'odorat à In M'guel, en bas de la montagne d'In Ecker. Un comble pour Nourredine, autrefois restaurateur à Sétif. « Là où nous étions, rien ne poussait. Et du sol, se dégageait une odeur de pomme et de vinaigre », témoigne-t-il.

Trente ans auparavant, le 1er mai 1962, la France effectuait, à In Ecker, un tir dans une galerie creusée dans une montagne. Lors de l'explosion, le système d'obturation céda sous la pression, projetant gaz, poussières et matériaux radioactifs à l'extérieur. Pierre Messmer, ministre des Armées, et Gaston Palewski, ministre de la Recherche, présents lors de l'accident, furent irradiés. Le second mourut d'une leucémie. Le nuage radioactif qui s'était échappé a contaminé une partie de la région. En 2005, l'Agence internationale de l'énergie atomique relevait dans un rapport que la radioactivité résiduelle y était encore très forte. Alors que les températures frôlaient les 50° la journée et chutaient jusqu'à 5° la nuit, que le vent déchirait les tentes, les détenus ont alors creusé des abris dans cette terre maudite.

« On ramassait les piquets métalliques que les Français avaient laissés et on creusait, creusait, parfois jusqu'à trois mètres de profondeur. On trouvait bien qu'il y avait des odeurs bizarres, mais on pensait qu'elles étaient naturelles. Qu'elles venaient du sable, de vieilles racines� Et puis, avec l'argile et l'eau avec laquelle nous nous douchions, nous avons fabriqué des parpaings. On ne savait pas. Je n'ai découvert qu'en 2007 qu'il y avait eu des essais sur le site� » Fatah Bouteba, 51 ans, est passé par Reggane et In M'guel, où il a commencé à perdre la vue. Arbi Messaoud, 62 ans, lui, a connu les trois camps. Cet ancien commerçant, détenu pendant six ans et trois mois, se souvient avoir été mis dès le début de son internement au courant du passé des camps.

« Avec d'autres prisonniers, nous avions trouvé des pierres noires et des morceaux de ferraille calcinés. Un professeur en neurologie nous a expliqué pourquoi. Un des détenus vomissait souvent du sang, mais les militaires n'ont pas voulu l'emmener à l'hôpital. Il est mort au bout d'un an. Moi, je suis parti à In M'guel avec une fistule. J'ai été opéré, sans savoir d'où elle venait. Encore aujourd'hui, j'ai des douleurs. Un instant, il s'arrête pour s'éponger le front. A Oued Namous, un autre docteur nous avait dit que les blocs dans lesquels nous dormions étaient, du temps des Français, des laboratoires pour les expériences chimiques. » En Algérie, le dossier des essais nucléaires est longtemps resté fermé. A Bahou, Sid Ammar el Hammel, président de l'Association des victimes du 13 février 1960, écarquille ses yeux et passe la main dans son épaisse barbe poivre et sel, comme pour mieux faire resurgir ses souvenirs.

« En 1987, un député a écrit un article sur les essais nucléaires dans le magazine d'une petite association locale. Cet article a été repris par un autre magazine, Al Wihda, puis la télé de Béchar est venue faire un reportage. Mais le dossier n'est vraiment devenu officiel qu'en 1996. Saïd Abadou, alors ministre des Moudjahidine, a osé partir au point Zéro, raconte-t-il en exhumant un vieil album de photos jaunies par le sable et le soleil. Il est monté au sommet du bunker scellé depuis le départ des Français et a prononcé un discours assez violent contre la France en parlant de 'crime'. » Et ce crime a le visage d'Abdelkader et de Mohamed. Assis au bord de la chaussée, dans le sable déjà chaud, à l'ombre d'un mur, sur cette route de la mort menant au point Zéro. Ils sont nés dans les années 1960. Mentalement déficients, il leur est impossible de tenir une discussion. Ils ont perdu un frère et leur père, Abderrahmane, est décédé il y a dix ans « d'un cancer ». Il était responsable du magasin où étaient entreposés les produits chimiques entre 1957 et 1962. Les yeux fixés sur leurs pieds nus, la peau lézardée par la sécheresse et le sable, chassant les mouches d'un revers de la main, ils attendent là que le temps passe. Et que la mort les prenne.

*) Chiffre avancé par le Comité de liaison pour la coordination du suivi sanitaire des essais nucléaires français (CSSEN) dans son rapport de mai 2007

Adlène Meddi, Mélanie Matarese

 

Les Différentes Phases de Tir

dans le Sahara Algérien

 

 

 

 


L'Algérie, pour la France ... c'était de la bombe
envoyé par daily-27. - L'actualité du moment en vidéo.



26/02/2015
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