Au delà de la Rive

Au delà de la Rive

Dinet .Nasreddinne (Etienne) Peintre Algérien

 

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Salam Alaykoum 

 

 

 Nasredinne  Dinet

 

        

 

Vie et Oeuvre 

 

«Nasreddine Dinet est véritablement un artiste qui maîtrisait son métier et un homme de cœur et d'esprit, animé par une foi très sincère. C'est aussi un être attachant et pourtant solitaire...»

Mohammed Racim

Cité du bonheur de vivre, comme l'évoque si bien son nom, Bou-Saada éclôt au sein d'une des oasis les plus attachantes d'Algérie, dans un site merveilleux où s'accordent l'azur du ciel, Je profil des dunes, la ligne infinie de l'horizon saharien...

C'est là que repose le corps de Nasreddine Dinet, grand peintre et humaniste de l'Algérie, sous une modeste kouba blanche, baignée par l'intense lumière du Sud et bercée par la douce chanson des palmiers et l'air nostalgique de la flûte bédouine...

Pourtant son origine européenne, sa famille bourgeoise et catholique, son éducation occidentale étaient loin de laisser prévoir l'extraordinaire destinée de Dinet.

En effet, Alphonse Etienne Dinet est né à Paris, le 28 mars 1861, d'une famille originaire du Loiret.

Son père était avoué près du Tribunal de la Seine, son grand-père, ingénieur, fils d'un procureur du roi à Fontainebleau. Sa mère, Louise Marie Adèle Boucher était elle-même fille d'avoué.

Après de bonnes études secondaires couronnées par son succès au baccalauréat, il a accès à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. Dinet obtient une médaille à sa sortie des Beaux-Arts. La question du choix de sa carrière est âprement débattue en famille, et sa sœur rapporte à ce sujet « qu'il serait en effet, tout naturel qu'il se décidât à faire son droit en vue de reprendre l'étude paternelle... ». Mais le jeune Dinet refuse et décide de se lancer dans la peinture pour permettre à « ses dons exceptionnels »de s'épanouir. Sa première œuvre, « La Mère Clotilde » fut bien accueillie par les critiques et les amateurs du Salon de 1882.11 s'agissait du portrait d'une vieille paysanne avec sa coiffe blanche caractéristique.

En 1883, il reçoit une mention honorable pour son « Rocher de Samois »(Fontainebleau) et fait son premier voyage en Algérie. En 1884, le Salon du palais de l'industrie lui décerne une troisième médaille et surtout une bourse qui lui permet de repartir en Algérie.

Il fait alors un grand périple jusqu'à Ouargla et Laghouat. C'est la découverte décisive et émerveillée du Sud qui va profondément marquer la vie de Dinet. Parmi les œuvres lumineuses rapportées de ce voyage, figure l'admirable vue des «Terrasses de Laghouat» (exposée au Musée National des Beaux-Arts .d'Alger).

En 1889, il obtient la médaille d'argent à l'Exposition Universelle de Paris.

Cette même année, Dinet fait la connaissance d'un jeune Algérien, Slimane Ben Brahim Baamer dont l'amitié devait lui rester toujours fidèle. Slimane Ben Brahim fut désormais associé à toute sa vie artistique et spirituelle. En effet, à partir de 1905, Dinet s'installe définitivement à Bou-Saada tout en continuant à effectuer de fréquents voyages en France. Il habite alors une modeste demeure au plafond de terre et de roseaux soutenu par les traditionnelles solives de thuya.

Guidé par Slimane Ben Brahim, Dinet put avoir accès aux milieux algériens, connaître le pays et faire d'innombrables voyages en caravane a travers le désert...

Il apprit aussi à parler l'arabe, à comprendre l'âme algérienne, les us et coutumes et à aimer la religion musulmane au point de se convertir lui-même à l'islam en 1913 sous le glorieux nom de Nasreddine, « Le triomphe de la religion ». Sidi Thameur, saint personnage de la région du Hodna n'a-t-il pas affirmé « Béni soit celui qui reste plus de quarante jours à Bou-Saada ! »

Cette conversion à l'islam a déclenché une sourde campagne de calomnies, amplifiée au fur et à mesure que Nasreddine Dinet persévérait dans sa voie.

Ses adversaires européens les plus déclarés commencèrent à crier au « traître de l'Occident». Pourtant, esprit lucide et profond, c'est en pleine connaissance de cause et avec tout le sérieux et la sincérité dont il faisait preuve que Dinet avait choisi. Obéissant à des raisons impérieuses que lui dictait sa conscience, Nasreddine Dinet ne se livrait ni à un ritualisme superficiel ni à une expérience exotique. Il s'efforçait de suivre strictement les préceptes orthodoxes de la religion musulmane.

Animé par une foi sincère, Nasreddine Dinet se révélait alors un homme d'action et de spiritualité, doté d'une personnalité qui séduisait tous ceux qui l'approchaient. Alerte et prompt à s'enflammer, il s'imposait dans ses entretiens par l'élévation de sa pensée, l'étendue de sa culture et la force de son caractère.

De taille moyenne, plutôt mince, il avait l'air distingué. Il s'habillait correctement et sobrement car il était contre tout travesti. Ce qui frappait dans son visage, c 'était l'éclat vif de ses yeux noirs qui témoignaient d'une vie intérieure intense et d'une réelle sensibilité.

L'artiste Bou-Saadi met alors tout son talent pour faire connaître la vie du désert, l'âme des Algériens, leur condition sociale...

Léonce Bénédite note en 1911 dans son journal que Dinet « ne veut plus peindre pour peindre mais se servir de la peinture comme d'un moyen d'expression pour traduire sa pensée, sans coquetterie d'artiste...

Sa production picturale ne dépassait pas une dizaine de tableaux par an et était alors appréciée par le monde des arts. Les musées de plusieurs capitales achètent des œuvres de Dinet (Musées de Berlin, Paris, Sydney, Tokyo...).

On en trouvait aussi chez les grands collectionneurs européens et algériens. En fait, pendant plusieurs années, ses œuvres n'arrivaient pas à son marchand de tableaux de la galerie Allard de Paris et étaient acquises aussitôt terminées. En décembre 1927, Dinet avait confirmé sa conversion à l'islam en prononçant solennellement devant le mufti d'Alger, la proclamation de foi, « Ech-Chahada ». Lorsque la nouvelle fut connue, ses anciens admirateurs commencèrent à le critiquer. Sa peinture devint, chose étrange, brusquement suspecte. Evitant de lui reprocher sa conversion, c'est à son art qu'on s'attaquait pour déchirer ses lauriers et transformer ses chefs-d'oeuvre en « oripeaux de l'orientalisme ». L'ostracisme des puissants groupes de pression coloniaux de l'époque fit échouer en 1929 un projet de fondation d'un musée consacré aux œuvres de Dinet. Cependant Nasreddine Dinet poursuit résolument sa voie, guidé par une foi profonde et agissante.

Au mois de mai 1929, à l'âge de 68 ans, il décide d'accomplir en bon musulman, le pèlerinage à La Mecque, malgré ses appréhensions et sa crainte de ne pouvoir résister aux fatigues et aux émotions de ce long voyage.

« J'ai vécu les impressions les plus sublimes de toute mon existence. Rien dans le monde, ni dans le présent, ni dans le passé, ne peut donner une idée de ce que nous avons vu comme foi monothéiste, comme égalité et comme fraternité entre deux cent cinquante mille êtres humains de toutes les races, pressés les uns contre les autres, dans le plus effroyable désert », écrit-il, de Djeddah.

Mais, peu de temps après son retour des Lieux saints, le 24 décembre 1929, El Hadj Nasreddine succombait, à Paris, à une courte et fatale maladie. Un service funèbre eut lieu à la mosquée de Paris. Puis, selon son propre vœu, son corps fut ramené à Bou-Saada où il fut enterré le 12 janvier 1930, suivi par une foule immense d'amis et d'admirateurs.

C'est à l'ombre des palmiers de l'oasis que se dresse sa tombe dominant le désert. Ce désert qui fut sa passion et qui l'aida à composer un hymne merveilleux à la gloire d'un pays, de son pays...

Quelques mois après sa mort, paraissait le « Pèlerinage à la Maison sacrée d'Allah », œuvre de piété qui témoigne à la fois de l'ampleur de ses connaissances et de l'ardeur de sa foi.

Suit alors une longue période de dédain et de mépris pour les œuvres de Nasreddine Dinet. Il faudra attendre la libération de l'Algérie pour qu'elles connaissent un regain d'intérêt et une juste réhabilitation.

Ses tableaux figurent dès lors dans plusieurs expositions organisées tant à Alger que dans de nombreuses capitales européennes et africaines.

Enfin, un musée consacré à Nasreddine Dinet et à Bou-Saada verra bientôt le jour dans l'oasis qui fut son refuge et son éden.

Nasreddine Dinet, un érudit et un croyant

Nasreddine ne s'est pas confiné dans son rôle de peintre, mais s'est adonné à la recherche de la vérité, lisant beaucoup et rédigeant de nombreux essais à caractère littéraire, historique et religieux.

Les écrits personnels ou les livres qu'il a publiés avec son ami, Slimane Ben Ibrahim, témoignent de sa volonté de démystifier l'opinion de ses contemporains sur les idées préconçues à l'égard de l'Islam.

Aussi fervent et éclairé que les autres fidèles musulmans, Nasreddine Dinet voulait contribuer à rendre à l'Islam la pureté que des confréries maraboutiques tentaient de ternir, poussées par l'obscurantisme et les manœuvres colonialistes.

Il a dénoncé, notamment dans « Khadra », le comportement indigne de certains « marabouts » de Zaouia soi-disant « Chorfa » qui arguaient de leur origine noble pour s'attribuer un pouvoir occulte incommensurable. Nasreddine rappelait à ces « suppôts» de l'oppression que Dieu n'a pas d'associé : « La Ilaha Illa Allah ».

Dans « L'Orient vu de l'Occident », il met en garde contre l'irrespect ou l'ignorance d'un grand nombre d'orientalistes occidentaux qui n'ont pas su interpréter les valeurs de l'islam. Il fustige l'hypocrisie de Louis Bertrand, les puériles invectives du Père Lammens et la malveillance de Léon Roches qui avait simulé d'être converti à l'Islam, à des fins inavouables...

Un maître de la peinture algérienne

Cependant le grand moyen d'expression de Dinet a été celui de l'art. Son don développé de l'observation lui permit de saisir sur le vif les traits essentiels comme le moindre détail nécessaire à la composition de œuvre. Dessinateur excellent, il a su également dompter sa palette magique pour utiliser les effets de la couleur.

« Il ajoutait à son instinctive sensation (de la vie) ses dons naturels d'observation qui il nous le dira lui-même un jour lui permettaient de retenir extraordinairement les expressions et les couleurs », mentionne sa sœur dans la biographie de Dinet.

En effet, coloriste merveilleux il reconstitue, somptueusement, les aurores et les crépuscules sur les dunes. Profond psychologue, il interprète magistralement l'âme bédouine.

La « Vue de M'Sila », les « Charmeurs de serpents », « Esclave d'Amour et Lumière des Yeux », « La Femme abandonnée », « Les Guetteurs », « Jeunes Filles arabes » constituent parmi tant d'autres, des chefs-d'oeuvre où la réalité et le mirage se côtoient pour créer une harmonie remarquable.

Il a également illustré les ouvrages de « Antar » en 1898, de « Rabie El-Qouloub » (le printemps des cœurs) en 1902, « Mirages » en 1906, « Tableaux de la Vie arabe» en 1908, «El-Faïafi wa El Qifar» (le désert) en 1911, «Khadra» en 1929...

Dès 1915, le grand miniaturiste algérien Mohammed Racim collabore avec Dinet pour les planches d'enluminures qui viendront enrichir « La Vie du Prophète Mohammed » «Khadra » et l'ouvrage posthume « Pèlerinage à la Maison sacrée d'Allah».

Cette collaboration permit aux deux artistes de tisser des liens fructueux dans le domaine de l'art et de la culture.

Par ailleurs, esprit curieux et méthodique, Dinet a consacré un temps important et des efforts inlassables pour étudier les problèmes techniques des mélanges de couleurs, de l'altération des toiles peintes, de la conservation physico-chimique des œuvres d'art et même du procédé de la peinture à l'œuf.

Ces recherches ont été exposées dans un ouvrage à caractère scientifique qu'il a publié en 1926, sur « Les Fléaux de la Peinture et les Moyens de les combattre ».

Il considère par ailleurs que la peinture abstraite contemporaine a eu de prestigieux précurseurs qui lui ont tracé la voie, il y a des siècles. Ce sont les maîtres de l'art décoratif musulman qui ont su mettre en valeur de belles matières pour décorer l'architecture civile et religieuse de mille entrelacs, de savants jeux d'arabesques et d'élégants motifs géométriques.

Du témoignage social à la vision des valeurs spirituelles

Cependant Dinet a choisi d'être un peintre figuratif. Qu'il traite de portraits, de paysages ou de sujets narratifs et allégoriques, sa peinture, magistralement rehaussée par l'harmonie des couleurs et la luminosité de l'atmosphère, l'a fait comparer à Ingres, à Courbet, à Manet ou au Suédois Zorn.

Mais à une époque où d'autres artistes continuent à puiser leur inspiration dans l'antiquité et la mythologie, Dinet se tourne vers le monde arabe pour le faire comprendre et le faire aimer.

Son art de l'exactitude recèle également une recherche métaphorique qui exprime une sensibilité engagée au service d'un idéal.

Car, à la précision de l'observation, s'ajoute l'intuition de la spiritualité qui se reflète chez ses personnages pour révéler leur âme, leur condition sociale et l'environnement culturel.

C'est ainsi que le recueillement, bien plus « El Khouchoua » sont pleinement restitués dans le tableau de la prière qui prend toute sa signification grâce à l'harmonie entre la vigueur sereine des hommes et l'ardeur de la foi dans l'attitude, le geste, le regard...

Son style figuratif n'est pas une manière de rivaliser avec la photographie mais grâce à une technique sûre et une maîtrise de la couleur, Dinet s'efforce de trouver un langage simple pour exprimer une réalité complexe qui échapperait autrement.

L'émouvante « Femme abandonnée » ne sourit pas, immobile, perdue dans sa contemplation de l'infini du désert, car elle reflète l'image de la solitude et du désespoir, de la résignation, face à la fatalité.

Cependant, la chaude lumière du désert qui fut l'inépuisable inspiratrice de Dinet lui permit également de peindre des nus dans des paysages féeriques.

Au-delà de la femme éphémère des Oulad Naïl, c'est le mythe de « Khadra »où la condition imposée à certaines femmes qu'il représente dans leur plasticité simple et crue. Mais la volupté émanant de ces teintes lumineuses et des couleurs chatoyantes exprime la beauté sans jamais sombrer dans la vulgarité.

D'autres toiles d'une tonalité flamboyante illustrent des visages radieux, le sourire angélique de l'enfant, la tristesse des êtres, la lumière et l'espace.

Accessible aux masses, sa peinture évoque en fait la condition humaine. Un pathétisme discret et une certaine recherche pour créer l'ambiance le rapprochent quelque peu de l'impressionnisme, mais son originalité réside essentiellement dans la manière de camper ses personnages et de marquer leur figure du sceau du destin.

L'un des plus saisissants de ces portraits se découvre dans le tableau de « L'Aveugle et l'Insouciance de la Jeunesse » qui raconte l'histoire de deux générations à travers la même destinée...

Voilà pourquoi, il suffit de regarder le visage ridé et émacié de la vieille femme aveugle pour sentir le poids des années, de la misère, l'empreinte de la souffrance atténuée, semble-t-il, par une foi inébranlable. Et, à côté, l'image optimiste d'une jeunesse trépidante d'espoir, assoiffée de connaissance et confiante en l'avenir.

Enfin, l'injustice, la misère et l'aliénation engendrées par le système de domination colonialiste sont souvent dénoncées courageusement dans des scènes émouvantes telles celles de «L'Indigénat» ou de «La Cueillette des Abricots»

En somme, c'est une vision des êtres et de leurs valeurs culturelle, psychologique et sociale qui sont autant de thèmes de réflexion et parfois d'amères méditations...

Nous retrouvons ainsi le fil d'Ariane qui relie la production artistique et littéraire de Nasreddine et rappelle l'entité humaniste de son œuvre et de sa vie.

 

les tombes de Dinet, 

de Slimane Ben Brahim et de l'épouse de celui-ci

 

 REVUE DE LA PRESSE

Musée national Nasr Eddine Dinet
Des œuvres restituées

El Watan, édition du 18 mai 2006

 

Plusieurs tableaux de l'artiste peintre Nasr Eddine Dinet, dispersés dans les musées de Cirta, Zabana et des Beaux-arts d'Alger, viennent d'être restitués au musée national Nasr eddine Dinet. Cette exposition, dont le vernissage a lieu aujourd'hui, est intitulée « Retrouvailles ».

Elle réunit une quinzaine d'œuvres du grand peintre orientaliste, dont Portrait de l'artiste - réalisé en 1891 par Dinet lui-même et légué au musée en 2004 par Messaoud Benhaïdèche, neveu de Hadj Slimane Ben Brahim et fils d'adoption de Dinet - ainsi que deux gravures de Mohamed Khadda, une huile de M'hammed Issiakhem et deux peintures de Mohamed Louaïl, acquises récemment. Lors des deux années précédentes, le musée avait étoffé sa collection avec une trentaine de tableaux de différents genres picturaux, outre, des dons offerts par une pléiade de plasticiens peintres algériens dont Mustapha Boucetta, Mme Souhila Belbahar, Rachid Djemaï, Zohra Sellal, Safia Zoulid, Mohamed Oulhaci, Arezki Larbi, Salah Hioun, Mustapha Nedjaï, Rachid Bourdine, Mohamed Massen, etc. Après avoir sécurisé le musée national Nasr Eddine Dinet, la directrice de la structure, Mme Aïcha Merazka, ne ménage aucun effort pour revivifier l'espace culturel qui, selon elle, doit être un centre de rayonnement dans la région des Ouled Naïl. Par ailleurs, le musée mational Nasreddine Dinet a pris, à cette occasion, l'initiative de publier un document illustré dans lequel des critiques d'art parcourent la vie et les œuvres de l'artiste Dinet.

 

Madjid Tchoubane

 

PROTECTION DE NOTRE PATRIMOINE CULTUREL

 

Marché de l'art. 
Orientalisme

El Watan, édition du 26 octobre 2006
 
Dans la grande vogue orientaliste qui anime depuis plusieurs années le marché mondial de l'art, les peintures réalisées en Algérie ne sont pas en reste.
Ainsi, les tableaux de Dinet sont arrachés par des collectionneurs et des musées du monde entier, sans que l'Algérie soit présente à ces enchères.Alors que le récent musée Nasreddine Etienne Dinet, créé à Bou Saâda dans la maison du peintre, ne dispose encore que d'une quinzaine d'œuvres, ses tableaux parcourent le monde, signalant leur présence dans les galeries spécialisées, les études de commissaires-priseurs et les grandes maisons de vente aux enchères, telles Sotheby's ou Drouot. En 2001, l'étude Gros-Delletez avait recueilli une enchère de deux millions de francs pour une huile sur toile de 65x81 cm représentant une vue « aérienne » de Laghouat. En juin 2003, le groupe Trajan avait réussi à vendre à Drouot une toile de Dinet, estimée à 60 000 euros, pour le prix de 100 000 euros. Il s'agissait de Evocation et encens (53x77 cm). En octobre de la même année, Sotheby's avait mis en vente à Paris la célèbre collection Kahn-Sriber que ce riche amateur d'art avait constituée au XIXe siècle. Environ 170 œuvres estimées totalement à deux millions d'euros. Dans le lot relatif aux peintres qui furent « en contact » avec l'impressionnisme et le naturalisme, Dinet apparaissait en tête du catalogue de vente avec le portrait de sa sœur, Jeanne, réalisé avant sa découverte de l'Algérie. Estimation : jusqu'à 45 000 euros. En mai 2005, l'Espace Tajan avait accueilli une vente exceptionnelle, faisant salle comble. Ce jour-là, un record mondial pour une œuvre de Dinet avait été enregistré avec la vente de Baigneuses dans l'oued, massage qui s'était envolée à près de 304 000 euros. Pas trop loin d'un Picasso (Modèle dans l'Atelier), vendu à la même séance pour 452 000 euros. Au courant 2006, c'est le beau dyptique (œuvre unique sur deux supports) Le départ pour la guerre sainte, destiné à illustrer le livre La vie de Mohammed publié en 1918, a constitué une des pièces maîtresses de la vente Artcurial (21 juin). Cette petite peinture à l'huile (deux fois 30x24 cm) a été estimée à 65 000 euros. Le catalogue a présenté l'œuvre comme « un tournant dans l'orientalisme » en ce sens qu'elle « côtoie une Algérie aussi intime qu'authentique » et représente bien la personnalité du peintre, « Algérien de cœur converti à l'Islam dès 1913 ». A l'issue des enchères, la peinture avait doublé son estimation pour être adjugée à 123 000 euros. Les peintures de Dinet ne sont pas toujours les plus cotées dans le genre orientaliste. Mais elles se situent à des niveaux de demandes toujours élevées et en progression constante. Elles dépassent souvent de beaucoup leurs estimations qui servent de mise à prix aux enchères. L'examen du marché montre qu'en plus de leur qualité intrinsèque, elles bénéficient de l'attrait général de l'orientalisme et particulièrement des œuvres réalisées en Algérie, telles celles de Marie-Aimée Robiquet, Frédérick-Arthur Bridgman, Cherubino Pata… Mais la véritable nouveauté vient bien du côté des acquéreurs. Outre les collectionneurs américains qui confirment leur « orientomania », les Marocains ont fait une entrée remarquée sur le marché de cet art, ainsi que les Egyptiens et les Turcs. En 1996, la mobilisation de l'Etat algérien soutenu par la Banque d'Algérie, Sonatrach et d'autres institutions, avait permis de racheter à Paris des œuvres de Mohamed Racim à l'occasion du centenaire de sa naissance. Mais faut-il attendre une occasion pour enrichir le patrimoine national ? Le musée Dinet de Bou Saâda a besoin d'une collection plus étoffée ainsi que le Musée national des beaux-arts, etc. Un musée d'art contemporain va voir le jour, un musée de la miniature aussi. Avec quoi les remplirons-nous, en dehors des réserves existantes ? Les budgets d'acquisition des œuvres d'art doivent être sérieusement renforcés et permettre une participation dynamique de l'Algérie aux ventes de par le monde. Pour quelques infimes « gouttes » de nos immenses réserves de changes, quelles valeurs pourrions-nous ainsi engranger, sans crainte de dévaluation !

 

Slimane Brada
 
DERNIERES NOUVELLES  ET BONNES NOUVELLES
LA RECUPERATION DU PATRIMOINE CULTUREL ALGERIEN
(Extrait du Journal Libérté)
je cite:
AVRIL 2009
Onze toiles originales d'Étienne Dinet ont été récupérées, jeudi dernier, par le musée de Boussaâda qui porte son nom. Ces œuvres ont été exposées pour la première fois au public algérien.
 

 

Cette manifestation, à laquelle a pris part l'ambassadeur d'Allemagne en Algérie, correspond également à la 13e année de l'ouverture de ce musée et à la Journée mondiale des musées. "Nasreddine Dinet est véritablement un artiste qui maîtrisait son métier et un homme de cœur et d'esprit, animé par une foi très sincère. C'est aussi un être attachant et pourtant solitaire", disait de lui Mohammed Racim."Son art de l'exactitude recèle également une recherche métaphorique qui exprime une sensibilité engagée au service d'un idéal. Car, à la précision de l'observation s'ajoute l'intuition de la spiritualité qui se reflète chez ses personnages pour révéler leur âme, leur condition sociale et l'environnement culturel", a commenté l'ambassadeur allemand. De son côté, un disciple de Dinet, présent parmi les nombreux artistes qui participaient à cette fête, a tenu à s'exprimer sur l'art du peintre disparu en 1929. "Cette peinture, accessible aux masses, évoque en fait la condition humaine. Un pathétisme discret et une certaine recherche le rapprochent quelque peu de l'impressionnisme, mais son originalité réside essentiellement dans la manière de camper ses personnages et de marquer leur figure du sceau du destin." Alphonse-Étienne, devenu Nasreddine Dinet après son islamisation en 1913, est né en 1861 à Paris. En 1884, le Salon des arts plastiques du Palais de l'industrie lui a accordé une bourse pour l'Algérie, pays qu'il avait déjà visité en 1883, et où il resta, cette fois-ci, cinq années. Subjugué par la magnificence du Sud algérien, il entreprend, en 1905, un autre voyage et s'installera à Boussaâda pour vivre définitivement auprès de ses hôtes et de ses frères. Dinet a peint cint cent quatorze toiles. Elles sont répandues dans les quatre coins du monde. L'Algérie, à travers le ministère de la Culture, espère récupérer le maximum de ses œuvres qui sont exposées dans les grands musées du monde.

 

Par Chabane BOUARISSA, le 21 Mai 2006

 

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 LE MUSET DE  BOU SAADA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

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27/05/2008
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