Histoire des Berberes

2009-Correspond à 2958 du Calendrier Berbere
La langue Berbère
A l'origine de l'écriture libyque...
Les Berbères ont possédé un système d'écriture millénaire et tous les indices laissent penser qu'il s'agit d'un système autochtone. Tamazight que ses adversaires veulent limiter aujourd'hui à la seule fonction de langue orale, régionalement enclavée a possédé un système d'écriture, considéré par les spécialistes comme l'un des plus anciens du bassin méditerranéen. Ce système se perpétue de nos jours au Sahara et une version modernisée est employée en Kabylie sur les enseignes et les panneaux de signalisation. Une utilisation plus large pourrait lui redonner une seconde vie. A côté de ce système millénaire, les Berbères utilisent aussi d'autres caractères pour transcrire leur langue : le système arabe a été surtout employé au Moyen âge et s'il l'est aujourd'hui encore, dans une certaine mesure, par certains groupes berbérophones, avec le latin, introduit au dix-neuvième siècle et qui a aujourd'hui la faveur de la plupart des chercheurs.
En Algérie, on a assisté, dans les années quatre-vingt à une "guerre de l'écriture" , où des tendances ont tenté, chacune avec ses arguments, d'imposer un caractère en dehors de l'autre. Cette guerre s'est quelque peu calmée aujourd'hui mais elle risque de ressurgir au cas ou le projet d'officialisation de la langue amazighe viendrait à se concrétiser. Nous tenterons, dans cet article et les suivants, de présenter avec le plus d'objectivité possible la situation au lecteur. Auparavant, nous tenterons de retracer l'histoire de l'écriture et des systèmes de transcription de tamazight.
Le libyque, un système d'écriture millénaire
Rappelons que le terme, libyque", qui désigne tantôt le système d'écriture berbère, tantôt la langue elle même dans l'antiquité, dérive de Lebou, nom que les anciens Egyptiens donnaient aux Berbères. A partir de ce mot a été formé également le mot Libye, pour désigner d'abord la partie orientale du Maghreb, puis le Maghreb tout entier, avant de désigner, à l'époque moderne, la Libye actuelle. Si l'on croit la plus ancienne inscription libyque jusqu'ici retrouvée, l'inscription de l'Azib n'Ikkis, dans le Moyen Attas marocain, l'alphabet libyque remonterait au 6éme ou au 7éme siècle avant J.C. ll faut donc supposer un développement de plusieurs siècles, ce qui ferait du libyque un contemporain des alphabets méditerranéens anciens, notamment le phénicien. C'est cet alphabet archaïque qui se perpétue aujourd'hui dans les tifinagh touaregs et qui a été repris, sous une forme nouvelle, dans les régions du nord, notamment la Kabylie. Même si les inscriptions libyques sont plus nombreuses dans certaines zones que dans d'autres, elles sont attestées ainsi que le montrent les découvertes effectives depuis plus d'un siècle dans toutes les régions du Maghreb et du Sahara et on les retrouve jusqu'aux îles Canaries. C'est dire que c'est une écriture nationale dont les variantes ne remettent pas en cause l'unité de base.
L'alphabet libyque et ses variantes
On a pris l'habitude de distinguer trois types d'alphabets libyques :
L'alphabet oriental, utilisé dans les inscriptions de la région de Thugga, l'actuelle Dougga, en Tunisie, et l'est de l'Algérie. C'est l'alphabet le mieux connu et surtout le plus étudié -L'alphabet occidental, figurant sur les inscriptions de Kabylie, de l'ouest constantinois et du Maroc
Les écritures sahariennes anciennes, contemporaines du libyque mais dont l'usage s'est perpétué jusqu'au l8e siècle au moins (c'est la date des plus récentes d'entre elles).
En fait, il ne s'agit pas d'alphabets différents mais de variantes régionales du même alphabet. On a beaucoup écrit sur la datation du libyque et son origine. Aujourd'hui, on connaît mieux cet alphabet, ce qui permet de corriger certaines assertions à son propos.

Datation
La datation du libyque a été revue ces dernières années : de la chronologie jusque là admise - 3ème / 2ème siècles avant J.C on est remonté au 6ème siècle avant J.C. En 1966 déjà, l'Américain E. L SMITH datait l'apparition du libyque de la fin de la période cabaline, expression par laquelle on désigne le groupe des œuvres rupestres du Sahara où le cheval apparaît à l'état domestique, ce qui correspond aux derniers siècles avant l'ère chrétienne. ll n'est pas exclu que l'affinement des méthodes de datation et de nouvelles découvertes repoussent encore plus loin ces estimations.
Les origines
Une autre remise en cause concerne l'origine de l'écriture libyque. Selon une hypothèse, à la fois ancienne et répandue, l'alphabet libyque dériverait de l'alphabet phénicien. Cette hypothèse repose essentiellement sur trois arguments :
Le caractère exclusivement consonantique de l'alphabet berbère, ce qui le classe parmi
Les alphabets sémitiques,
Le nom de tifinagh que les Touaregs utilisent pour désigner leur écriture et dans lequel on a vu la racine FNgh / FNQ, de laquelle dérive le nom donné aux Phéniciens dans les langues sémitiques (par exemple l'arabe finiqî.)
Le fait qu'il n'existe pas pour le libyque d'écriture pré-alphabétique qui indiquerait qu'on est en présence d'un système autochtone.
Concernant la notion d'écriture consonantique, les spécialistes pensent qu'il n'existe pas d'alphabet consonantique, même pour ce qui est des alphabets sémitiques puisqu'on ne peut lire une suite de consonnes sans intercaler de voyelles entre elles. Il est plus juste de parIer d'écritures syllabiques, c'est à dire de systèmes dont les caractères s'accompagnent obligatoirement de voyelles à la lecture. D'ailleurs, une écriture entièrement consonantique ne convient pas au berbère où les voyelles sont d'une fréquence élevée et permettent au mot, à base consonantique de s'intégrer dans une catégorie grammaticale. De plus le libyque, contrairement à ce que l'on croit a pu représenter des voyelles. Ainsi, on soupçonne les trois traits verticaux d'avoir noté la voyelle a et les signes qu'on identifie comme des semi-consonnes (y et w) on pu noter les voyelles i et u. Le rattachement du mot tifinagh au mot finiqî "Phénicien" est des plus contestables. En effet, le mot finiqî n'est pas sémitique mais... grec, et provient de phoenici, qui signifie "homme rouge", par référence à la couleur pourpre que fabriquaient les Phéniciens, il n'a donc pu être reçu des Phéniciens qui devaient disposer d'un terme propre pour se désigner. C'est ainsi qu'on peut voir dans Phoenici la traduction de Himyar, mot issu d'une racine sémitique signifiant également " rouge " dans les langues sémitiques. Ces Himyar sont peut-être les mêmes que ceux de l'Arabie du sud qui fondèrent dans la haute antiquité un royaume puissant et allèrent s'installer au 2ème millénaire avant J.C sur les côtes du Liban. Le mot tifinagh ne peut donc s'expliquer par le phénicien. En revanche, une étymologie par le berbère est tout à fait possible. On pense principalement à un mot attesté en touareg nigérien, asefinagh " explicitation, élucidation", mot dérivant du verbe ssejenagh "expliciter rendre clair ce qui est obscur". La notion d' " explicitation " est ici liée à la légende d'un héros civilisateur qui, tout en révélant l'écriture aux hommes, réserva la signification cachée des lettres aux seuls initiés. Enfin, l'affirmation selon laquelle le libyque n'a pas de système pré-alphabélique qui aurait servi de base à une évolution vers l'alphabet, est loin de faire l'unanimité et des recherches sont en cours pour retrouver dans les peintures rupestres du Maghreb et du Sahara les avants courriers de l'écriture libyque. Mais on sait déjà que l'art berbère utilise depuis longtemps un répertoire de symboles qui rappellent fortement les caractères libyques. "Les signes même qui composent l'alphabet libyque entrent dans un fonds de motifs décoratifs propres à l 'art berbère qu'on retrouve dans les poteries et les tatouages. Les croix, les points, les assemblages de traits et de cercles qui sont à l'origine de l'écriture libyque, ont été signalés sur les gravures rupestres" (G. CAMPS, 1960). Certains auteurs, comme J.B Chabot et L. Galand se demandent même si certains signes figurant sur les stèles libyques n'ont pas une valeur ornementale. Il y a donc de fortes chances pour que le berbère ait possédé une écriture pré-alphabétique.
Le libyque, l'écriture berbère ancienne, disparue dans les régions du nord du Maghreb, a survécu au Sahara, dans les tifinagh. D'abord confinés au domaine touareg, les tifinagh, les tifinaghs, connaissent un renouveau, en servant de base à de nouveaux systèmes de transcription, Au Moyen âge, des Berbères ont utilisé l'écriture arabe pour noter leur langue. Il est étonnant que le libyque n'ait survécu qu'au Sahara, chez les Touaregs : partout au Maghreb, il a disparu, et, apparemment avant l'arrivée des Arabes. Faut-il supposer que ce système, fortement concurrencé par les alphabets étrangers, d'abord le punique puis le latin, a cédé progressivement du terrain, jusqu'à disparaître, avec l'arrivée des Musulmans, porteur d'une autre écriture, de surcroît sacralisée, par la religion ? Tout ce que l'on peut affirmer avec certitude, c'est que le champ d'utilisation de cette écriture , était plutôt restreint : en tout cas, les vestiges qui nous en sont parvenus, sont, dans la quasi-totalité des cas, des épitaphes et de courts messages. C'est dans une autre langue, le latin, que les grands écrivains berbères de l'antiquité, comme Apulée ou Arnobe, qui étaient pourtant fiers de leurs origines et se sont opposés à la présence romaine, ont rédigé leurs œuvres. Les Berbères musulmans, juristes, théologiens, poètes, feront de même, en rédigeant leurs œuvres en arabe. Finalement, les seuls à produire, ou plutôt à nous léguer des bribes de textes en arabe, seront les Ibadites schismatiques, pour lesquels l'usage du berbère était, en plus de leur religion, un moyen d'exprimer leur particularisme, dans l'ensemble musulman orthodoxe.

Les tifinaghs
Il n' y a pas de doute que les tifinagh sont les héritiers du libyque : même s'il n'y a pas une identité parfaite entre les caractères des deux systèmes, ils présentent beaucoup de caractéristiques communes. Les caractères tifinaghs s'écrivent de droite à gauche, mais on peut aussi les écrire de gauche à droite, de bas en haut et, comme en libyque, on peut commencer à écrire dans le coin droit de la feuille, puis monter jusqu'au bord supérieur, on tourne ensuite la forte, puis on remonte jusqu'au bord supérieur et ainsi de suite, jusqu'à épuisement de l'espace. Ce procédé, appelé boustrophédon se rencontrait dans beaucoup de systèmes d'écriture anciens. Comme le libyque aussi, les tifinaghs notent principalement les consonnes. Cependant, on note la présence d'un signe notant la voyelle a, le point, appelé tegherit. Les autres voyelles finales, i / e et u / o, sont notées par les signes qui notent y et w. Quelques dialectes méridionaux utilisent la tegherit pour noter toutes les voyelles. Notons aussi que les tribus maraboutiques de Tombouctou, au Mali, ont introduit, ces dernières décennies, les signes de vocalisation arabes : fatha pour le a et le â, kasra pour le i et le e, dhamma pour u et o. On relève aussi la chadda pour noter le redoublement et le sukun pour l'absence de voyelle. Comme le libyque, les tifinaghs sont principalement utilisées pour noter des messages courts, des poèmes, des inscriptions diverses, que l'on grave sur des pierres, les armes ou les bijoux. On ne relève aucune œuvre littéraire d'importance, qui aurait permis de fixer l'écriture, donc de dégager une norme, réduisant ainsi le foisonnement qui existe dans ce domaine. Aujourd'hui encore, on note, chez les Touaregs d'importantes variations, ce qui fait de l'écriture un système instable. En dépit de cela, I'usage des tifinaghs est très répandu, aussi bien parmi les hommes que les femmes. Ce sont d'ailleurs les femmes, gardiennes de la tradition et de l'identité, qui le transmettent aux enfants.
Les néo-tifinaghs
Depuis quelques décennies, grâce aux efforts de militants d'origine kabyles, les tifinaghs connaissent un renouveau, en servant de base à de nouveaux systèmes de transcription, d'abord du kabyle, en Algérie, et, plus récemment, de quelques grands dialectes au Maroc, où ce système a été officiellement choisi, dans le système d'enseignement. Ces néo-tifinaghs proviennent des caractères de l'Ahaggar auxquels on a ajouté des signes pour noter les phonèmes du berbère nord qui n'existent pas en touareg, c'est le cas de h', de 'â, ou des fricatives, ts ou dj. Ces signes supplémentaires sont en général puisés dans les variantes du tifinagh ou même dans les signes libyques. Depuis quelques années aussi, on dispose de polices amazighes, ce qui permet de passer, sans difficulté du latin au tifinagh et inversement. (tableau)
L'utilisation des caractère arabes
Tout au long des siècles et jusqu'à nos jours, des groupes berbères ont utilisé l'alphabet arabe pour transcrire leur langue : groupes schismatiques du Moyen âge, comme les Ibadhittes ou les fameux Berghawata, qui ont fondé un royaume hérétique sur la côte occidentale du Maroc et élaboré une religion propre avec un Coran écrit en berbère et, aujourd'hui, les Chleuhs les Mozabites les Chaouis et d'autres groupes berbérophones.. Mais nulle par, le berbère n'a accédé au rang de langue écrite, reconnue par l'autorité politique : à l'inverse de langues comme le persan ou le turc transcrits en caractères arabes, il a toujours été écarté de l'Administration et de l'enseignement. Les textes écrits en berbère qui nous sont parvenus sont en nombre réduit, mais il faut supposer qu'il étaient plus nombreux. Les Ibadhites avaient l'habitude, après avoir écrit un livre en berbère, de le traduire en arabe pour les arabophones : dans la plupart des cas, les originaux berbères ont disparu alors que les traductions sont restées. Encore heureux que des morceaux de texte berbères soient cités, à titre d'illustration, dans les textes arabes. Parmi les ouvrages que l'on cite en berbère, citons la célèbre profession de foi ibadhite, al'Aqida, qui a été rédigée à une époque ancienne en berbère avant d'être traduite, à la fin du 14e siècle de l'ère chrétienne, par Abû Hafs 'Umâr ben Djami'e. On peut citer aussi l'œuvre d'Abû Salil al Farisi qui a composé en berbère et en vers une histoire des Ibadhites en douze volumes. Le livre a disparu, brûlé au cours de l'incendie de La Qal'a des Banu Dardjen en 1048. On a recueilli une partie des poésies auprès des gens qui les avaient apprises et ont les a consignées dans un volume. Mais celui-ci -s'est perdu à son leur et on peut considérer l'œuvre d'Abû Salil comme définitivement perdue. On sait aussi que des auteurs Ibadhites ont traduit en berbère des ouvrages de leur doctrine écrits en Orient. Le plus connu de ces livres est la Mudawwana d'Ibn Ghanem, recueil de textes sur la prière, le jeûne,l'aumone légale et diverses questions touchant à la famille et à la société. Tous ces textes -en fait, des bribes de texte, nous permettent de nous faire une idée du berbère au Moyen âge et de collecter des données linguistiques importantes. Pour transcrire le berbère en caractères arabes, les Anciens ont dû procéder à des adaptations. Ainsi : le j du berbère est transcrit dj le z' de iz'i ''vésicule" est transcrit ç (çad de l'arabe) etc... Il n'y a pas de doute que ces adaptations devaient poser des difficultés, voire provoquer des confusions. C'est pourquoi, par exemple, les copistes chleuhs devaient introduire des signes diacritiques pour faire des distinctions : ainsi le z' est transcrit au moyen du çad, auquel on ajoute trois points souscrits. La transcription des voyelles était meilleure et elle a été reprise de nos jours par ceux qui transcrivent le berbère en caractères arabes : les Berbères ont eu l'idée d'employer les consonnes utilisées habituellement à noter les voyelles longues de l'arabe (y, w et â) pour noter les voyelles brèves du berbère (u, i et a)' l'opposition voyelles longues / voyelles brèves n'étant pas, hors du touareg, pertinente en berbère.

M.A Haddadou - La Dépêche de Kabylie du 30 septembre 2005
Histoire des Berberes d'après ibn khaldounExtrait du livre par lahcen |
Histoire des Berberes (Tome 1 Pages 199 et suivantes) Ibn Khaldoun "Citons ensuite les vertus qui font honneur à l'homme et qui étaient devenues pour les Berbères une seconde nature ; leur empressement à s'acquérir des qualités louables, la noblesse d'âme qui les porta au premier rang parmi les nations, les actions par lesquelles ils méritèrent les louanges de l'univers, bravoure et promptitude à défendre leurs hôtes et clients, fidélité aux promesses, aux engagements et aux trairés, patience dans l'adversité, fermeté dans les grandes afflictions, douceur de caractère, indulgence pour les défauts d'autrui, éloignement pour la vengeance, bonté pour les malheureux, respect pour les vieillards et les hommes dévots, empressement à soulager les infortunés ; industrie, hospitalité, charité, magnanimité, haine de l'oppression , valeur déployée contre les empires qui les menaçaient, victoires remportées sur les princes de la terre,dévouement à la cause de Dieu et de la religion ; voilà, pour les Berbères ; une foule de titres à une haute illustration, titres hérités de leurs pères et dont l'exposition ; mise par écrit, aurait pu servir d'exemple aux nations à venir, Que l'on se rappelle seulement les belles qualités qui les portèrent au faîte de la gloire et les élevèrent jusqu'aux hauteurs de la domination, de sorte que le pays entier leur fut soumis et que leurs ordres rencontrèrent partout une prompte Obéissance. Parmi les plus illustres Berbères de la première race, citons d'abord Bologguin-Ibn-Ziri le Sanhadjien qui gouverna l'Ifrikïa au nom des Ftémides : nommons ensuite Mohamed-Ibn-Khazer et son fils EI- Kheir, Youçof-Ibn Tachefin, rot des Lemtouna du Maghreb, et Abd el Moumen Ibn Ali, grand cheikh des Almohades et disciple de L'imam ÉI-Mehdi. Parmi les Berbères de la seconde race on voit figurer plusieurs chefs éminents qui, emportés par une noble ambition, réussirent à fonder des empires et à conquérir le Maghreb central et le Maghreb-el-Acsa. D'abord Yacoub lbn-Abd EI-HACK, sultan des Beni-Merin ; puis, Yaghmoracen-Ibn-Zîan, sultan des Béni Abd-el-Ouad ; ensuite, Mohammed-Ibn.Abd-el-Caouï-Ibn-Ouzmar , chef des Béni-Toudjîn. Ajoutons à cette liste le nom deThabet-Ibn-Mendïl, émir des Maghraoua, établis sur le Chélif, et celui d'Ouzmar-Ibn-Ibrahim, chef des Beni-Rached ; tous princes contemporains, tous ayant travaillé, selon leurs moyens pour la prospérité de leur peuple et pour leur propre gloire. Parmi les chefs berbères voilà qui possédèrent au plus haut degré les brillantes qualités que nous avons énumérées, et qui, tant avant qu'après l'établissement de Ieur domination, jouirent d'une réputation étendue, réputation qui a été transmise à la postérité par les meilleures autorités d'entre les Berbères et les autres nations, de sorte que le récit de leurs exploits porte tous les caractères d'une autheticité parfaite. Quant au Zèle qu' ils déployèrent à faire respecter le présriptions de l'islamisme, à se guider par les maxims de la loi et à soutenir la religion de Dieu ; on rapporte, à ce sujet, des faits qui démontrent la sincérité de leur foi, leur orthodoxie et leur ferme attachement aux croyances par lequelles ils s'étaient assurés la puissance et l'empire. Ils choisissaient d'habiles précepteurs pour enseigner à leurs enfants le livre de Dieu, ils consultaient les casuistes pour mieux connaître les devoirs de l'homme envers son céateur . Ils cherchaient des Imams pour leur confier le soin de célébrer la prière chez les nomades et d'enseigner le Coran aux tribus ; ils établissaient dans leurs résidences de savants jurisconsultes, chargés de remplir les fonctions de cadi ; ils favorisaient les gens de piété et de vertu, dans l'espoir de s'attirer la bénédiction divine en suivant leur exemple ; ilS demandaient aux saints personnages le secours de leurs prières ; Ils affrontaient les périls de la mer pour acquérir jes mérites de la guerre sainte ; ils risquaient leur vie dans le service de Dieu, et ils combattaient avec ardeur contre ses ennemis. Au nombre de ces princes on remarque au premier rang Youçof-Ibn-Tachfin et Abdelmoumen-Ibn-Ali ; puis viennent leurs descendant et ensuite Yacoub-Ibn-Abd-el-Hack et ses enfants. Les traces qu'ils on laissées de leur administration attestent le soin qu'ils avaient mis à fair fleurir les sciences, à maintenir la guerre sainte, à fonder des écoles, à élever des Zàouïa et des Ribat, à fortifier les frontières de l'empire, à risquer leur vie pour soutenir la cause de Dieu, à dépenser leurs trésors dans les voies de la charité, à s'entretenir avec les savants, à leur assigner la place d'honneur aux jours d'audience publique, à les consulter sur les obligations de la religion, à suivre leurs conseils dans les événements politiques et dans les affaires de la justice, à étudier l'histoire des prophètes et des saints, à faire lire ces ouvrages devant eux dans leurs salons de réception, dans leurs salles d'audience et dans leurs palais, à consacrer des séances spéciales au devoir d'entendre les plaintes des opprimés, à protéger leurs sujets contre la tyrannie des agents du gouvernement, à punir les oppresseurs, à établir au siège du khalifat et du royaume, dans l'enceinte même de leurs demeures, des oratoires où l'on faisait sans cesse des invocations et des prières, et où des lecteurs stipendiés récitaient une certaine portion du Coran tous les jours, matin et soir. Ajoutons à cela qu'ils avaient couvert les frontières musulmanes de forteresses et de garnisons, et qu'ils avaient dépensé des sommes énormes pour le bien public, ainsi qu'il est facile de le reconnaitre à l'aspect des monuments qu'ils nous ont laissés. Faut-il parler des hommes extraordinaires, des personnages accomplis qui ont paru chez le peuple berbère ? alors, on peut citer des saints traditionnistes à l'à.me pure et à l'esprit cultivé ; des hommes qui connaissaient par coeur les doctrines que les Tabês et les Imams suivants lavaient transmises à leurs disciples ; des devins formés par la nature pour la découverte des secrets les plus cachés. On a vu chez les Berbères des choes tellement hors du commun, des faits tellement admirables, qu'il est impossible de méconnaître le grand soin que Dieu a eu de cette race. .." . TAFSUT (printemps) AWIL ou ANEBDU (été) AMIWAN (automne) TAGREST (hiver)
Calendrier Berbère
« An », est un mot d'origine latine (annus), qui définit une période de révolution planétaire permanente. Elle s'étale du 1er janvier au 31 décembre. Ainsi, pour faciliter la lecture de l'année, un élément de soutient a été crée sous l'appellation du mot « calendrier » dans lequel on retrouve schématisées les périodes, en guise de tableau qui compose l'an. Seulement, à chaque calendrier, existe une répartition propre, toutefois, dans l'immense majorité des calendriers, on retrouve un élément commun qui est le nombre de jours composant la semaine. Sinon l'échelonnement de périodes est une chronologie bien précise à un calendrier bien précis, dépendant de l'espace et de référence. Dans cet aspect la division du temps est diversifié, parmi tant d'autres divisions schématisées en tableau. Nous aborderons dans cet exposé le calendrier lunaire appelé aussi le calendrier hégirien ; le calendrier luni-solaire, appuyé par un 3e mois pour coïncider les saisons. Les calendriers solaires qui sont fondés sur la révolution de la terre autour du soleil. Dans le calendrier solaire, nous citerons le calendrier julien institué sous le règne de jules césars, ensuite vers 1582, il y'a eu la naissance du calendrier grégorien, établi par le pape Grégoire XIII avec certaines améliorations. Ce calendrier grégorien, est le calendrier que la majorité des peuples contemporains suivent. L'histoire d'un peuple ne se limite pas uniquement à son histoire évènementielle car chaque civilisation a, parmi ces composantes, des facteurs d'ordre économique. En Numidie, l'activité du sédentaire rurale est orientée vers l'agriculture, mis à part certaines tribus dont l'activité essentielle est la bijouterie, la poterie ou l'activité maritime. Cette activité agricole, cyclique en rapport surtout avec les éléments qui la composent et le rythme des saisons et des jours était restée, dans certaines régions, réglé par le calendrier agricole. De ce fait, nous tirons une conclusion que l'activité du fellah relève plus du rite que du technique. A ce sujet, J. Servier écrit : « En Algérie. Le calendrier est fixé par le fellah à l'aide des repères qu'ils discernent facilement. » Donc le calendrier est basé sur la variation de la végétation. J. Servier continue : « un autre calendrier, issu des traditions astronomiques est savantes mis à la disposition des autochtones, à l'aide des dictons et des aphorismes, immuables même lorsque les révolutions stellaires sur lesquelles ils s'appuient ont varié. » A une période précise que nous situerons à l'envahissement de la Numidie par les Arabes, les associations des lunes de ces anciens calendriers ont disparu au profit des associations des mois du calendrier agricole arabe. Donc, vu le lien très étroit subsistant entre le travail agricole et les autochtones, ces derniers ont trouvé un moyen idéal dans le calendrier arabe, et cela à partir du XIVe siècle. Donc les appellations données aux période sont devenues usuelles (nissan, smayem.) au dépens des anciennes appellations, mises à l'écart (furar, meghres). En ce qui concerne les noms donnés aux mois, mis à part le nom janvier, appelé en tamazight yennayer - qui est une composition des deux mots « yan-ayour ».Yan, qui veut dire (un ou premier) et ayour (lune). Les autres appellations de mois sont des emprunts à d'autres langues Pour mieux argumenter cette translation de calendrier, chez les Amazighes nous parlerons de coincidence de dates. Jusqu'au VIe siècle, certaines régions amazighes, si ce n'est l'immense majorité, se référaient au calendrier julien, à l'envahissement de la Numidie par les Arabes au siècle sus cité, la rupture s'est annoncée. Le calendrier agricole arabe s'est imprégné la place de vecteur aux dépens du calendrier julien. Durant cette période le calendrier julien en l'occurrence a subit des changements, ainsi il céda la place au calendrier grégorien, cela se passa exactement en 1582. Parmi les rénovations admises, le calendrier grégorien a possédé 13 jours en plus que le calendrier julien. Ainsi la synchronisation évènementielle entre le changement subit par le calendrier solaire en 1582 et l'invasion de la Numidie par les Arabes au VIe siècle, explique la différence des 13 jours entre le jours de l'an fêté par certaines populations ayant comme références le calendrier grégorien et d'autres populations, telles les Amazighs qui ont gardés le tableau chronologique du calendrier julien, qui a, comme on l'a cité, amputé de 13 jours.
LES RITES
Dans toute communauté instituée, des règles s'imprègnent en organisation, pour célébrer un événement. Les rites célébrés à l'occasion de l'avènement du premier Jour de l'An ont acquis une grande importance. La célébration du premier Jour de l'An « Amenzu Yennayer », en région berbère, obtint une notoriété au point où elle est qualifiée comme étant une solennité communautaire, tel Achoura. Chez les berbères, la célébration du Jour de l'An est marquée par deux rites : sacrifice propitiatoire et le souper de l'année « Imensi useggas ». Cette tradition s'annonce comme objet à orienter une force occulte vers une action bien déterminée. A ce sujet, H. Genevois, dans son exposé Valeur et sang , écrit : « Soit pour l'acquisition ou la confession d'une chose de particulière que l'on entreprît pour inaugurer un travail que l'on entreprend, soit pour une nouvelle étape de sa vie. » Sacrifice propitiatoire : C'est une cérémonie événementielle dans la famille qui a comme action de vénérer la force divine. Comme le démontre un proverbe amazigh : « Win yezlan rrich demnegh-as lâich » (A qui égorge une bête à plume, je garantie sa subsistance). Pourquoi une bête à plume ? D'après ce qui est raconté, l'immolation spécialement de la volaille est indiquée par le Tout puissant, suivant une légende. On comprend que Dieu, une fois, envoya au ciel à Sainte Marie un pigeon, pour apaiser sa faim, lors de sa retraite volontaire, pour échapper à la colère de ses frères. Cette légende a crée la tradition, que l'immolation doit être une volaille dont les vertus prophylactiques sont, particulièrement efficaces. Du moins c'est ce qui est pensé. Alors, le coq est choisi par la majorité des pratiquants des rites. Sinon, à défaut, on choisit le lapin. Et, comme caractéristique marquant la famille kabyle (taârift), les membres composant la famille sont regroupés sous un même toit, car on peut constater jusqu'à quatre générations regroupées comme un bloc soudé ; De ce phénomène marquant, surgit l'incapacité de satisfaire par l'immolation d'un coq toute composante familiale, en cette circonstance une exception est promulguée par les Sages : « Certaines familles nombreuses... immolèrent une victime plus importante, spécialement un chevreau (aqelwach). » Le chevreau aussi, est une bête de possession de propriété prophylactique ; Cette pratique aussi, est appuyée par un asefrou : « Lwehche itekkes lwehche » (le féroce ôte la peur). En ce qui concerne les démunis, qui vivent le manque, on prépare une soupe, conçues par des légumes secs appelés (Irelman ou uftiyen). Ce plat représente une valeur pour exorciser les influences malfaisantes. Et rendre la cérémonie plus complète. A ce sujet un asefrou dit : « Chyadh itsqabal achayadh » (le rôti, affronte les maladies). A cela s'ajoute la préparation des beignets (lesfendj, tihbal, lekhfaf) ou de crêpes (aheddour, tughrifin, achebbadh). Comme c'est remarqué, sur les appellations données aux plats, la différence existe en nom d'une région à une autre. Sinon le procédé en fabrication est similaire. A Taguemmount Azouz, à la préparation de Aheddour, on choisit une crêpe qu'on perce autant de fois qu'il y'a de mois. Une fois la crêpe est mise au feu, on attend d'où surgira la vapeur pour qualifier ce mois - auquel correspond le trou - de pluvieux. A Djemaa Saharidj, les beignets (lesfendj) sont réservés au lendemain, pour être consommé. Le souper de l'année : Le souper de l'année, est un signe qui fait appel à l'abondance alimentaire. Il est inconvenant pour une ou l'autre famille de montrer des signes d'aisance, tout le monde doit être sur le même pied d'égalité que son prochain. Imensi useggas, est fondamentalement un repas de fête. Dans certaines régions on arrive même à fabriquer et à garder de côté une part, destinées spécialement aux filles mariées et à la leur porter. Comme il existe aussi dans d'autres endroits que la femme et l'homme se réunissent autour du même plat, une exception qui surgit uniquement au cours de Imensi useggas. Le plat en cette occasion est le couscous arrosé de légumes secs et de viandes. A Taourirt Menguellat, on destine une pensée à tout le monde, même aux absents ; on dispose des cuillères autour du plat, aux présents comme aux absents. Et le plat (aqdhih) ne doit pas être ni vidé ni nettoyé jusqu'au lendemain. Ce geste relève du fait que tout le monde doit profiter jusqu'à la fourmi. Tandis que à Ighil Ali, on y consomme le couscous de peur de l'envahissement des réserves de grains par les insectes et les fourmis. Pour caractériser l'ambiance, des rites de prophylaxie corporelle sont organisés. A Djemaa Saharidj, Taourirt Mimoun. On applique sur les sourcils de genêt (timmi s tmetti n uzezzu). Ce rite est pratiqué pour renforcer la vue. Comme l'explique aussi E.Westermark dans son livre Survivances païennes dans la civilisation mahométane : « Quand approche la nuit, on fait un lion. Deux hommes ; placés l'un devant l'autre...Les jeunes gens cherchent un tellis dont ils revêtent et qu'ils fixent à l'aide de tresse d'alfa... alors l'individu, placé devant, se met à rugir dans un mortier qu'il tient à la main. La marmaille emmène le lion dans des maisons et dans les tentes où il effraye les petits enfants. Les jeunes gens disent aux habitants 'donnez-nous pour le dîner du lion'. On leur donne des figues sèches et des beignets. » A Khemis ; près de Tlemcen, comme à Djemaa Saharidj, le carnaval y trouve une place importante aussi. Des enfants se promènent dans les rues, en portant une tenue vestimentaire conçue spécialement en cette occasion, et un masque fabriqué à base de citrouille. Le chef du groupe est appelé Bou âfif, qui a valeur de père noël, muni d'un tambour frappe dessus en quémandant, et tout en répétant la phrase d'usage. Le ramassage des dons est l'affaire des enfants. Il n'y a mieux, pour terminer cet article qu'un passage extrait du Fichier berbère, cité par H. Genevois : « Laisser un peu de nourriture dans le plat... désire-t-on ne pas briser le cours de l'abondance si bien commencée ? »
Les origines mythiques
C'est au temps de l'Egypte ancienne que sera fixé l'an zéro du calendrier berbère. Il correspond à la date où le roi Chachnaq 1er (Sheshonq) fût intronisé pharaon d'Egypte. Ce roi berbère avait réussit à unifier l'Egypte pour ensuite envahir la Palestine. On dit de lui qu'il s'empara des trésors du temple de Salomon à Jérusalem. Cette date est mentionnée dans la Bible et constitue par là-même, la première date de l'histoire berbère sur un support écrit. Les travaux des paléontologues et historiens démontrent sans équivoque que les Berbères étaient présents en Egypte depuis sa constitution. Nous retrouverons ensuite des inscriptions libyques sur la pierre de rosette. Des tifinaghs récents qui remontent au moins au Ve siècle avant notre ère, date du mausolée d'Abelessa. Les Imazighen Mashaouash, Libous orientaux de Cyrénaïque étaient en contact direct avec les l'Egypte ancienne. En 1200 avant J.C. la civilisation libyque avait même boulerversé l'équilibre de la Méditerranée orientale en envahissant l'Egypte. C'est à cette époque que le Berbères inventèrent une roue inconnue jusqu'alors et apprenaient aux Grecs à atteler quatre chevaux. A la fin de la XXIe dynastie égyptienne, Sheshonk (Chachnaq 1er), grand chef militaire des Mashaouash, obtint du Pharaon Siamon, dont l'armée était en grande partie composée d'Imazighen, l'autorisation d'organiser un culte funéraire pour son père Namart, un privilège exceptionnel. A la mort de Psossenes II en 950 av. JC qui avait succédé à Siamon, Sheshonk s'attribua la dignité royale et fonda la XXIIe Dynastie qu'il légitima en mariant son fils, Osorkon, la fille de Psoussens II, la princesse Makare et installa un autre de ses fils comme grand prêtre d'Amon Thèbes. Sheshonk établit sa capitale Boubastis, installa les hommes de sa tribu dans des terres du delta du Nil et leur constitua des fiefs. Une nouvelle féodalité prit pied en Egypte. L'an zéro amazigh se réfère donc à cette date historique de 950 av. JC ou Sheshonk fut monté sur le trône et fonda la XXIIe Dynastie. Les Imazighen fêtent aussi la nouvelle année qui correspond au 1er jour du mois Yennayer, soit le premier jour du calendrier julien. Le calendrier actuel est le calendrier grégorien. Mohand Ait Ighil ( mo_aitighil@hotmail.com )
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